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Coronavirus : "Chacun va devoir, en conscience, examiner sa participation à l'effort national"

Divers03/04/20

Ma dernière tribune publiée sur Marianne

Ce sont les plus humbles et les plus mal payés dont on mesure aujourd\'hui l\'utilité sociale. Et qui pratiquent le « système D » faute d\'un Etat à la hauteur après des années de désinvestissement.

Le pays s'enfonce dans la crise sanitaire à la fois provoquée par le coronavirus mais incontestablement amplifiée par l'affaiblissement considérable de nos services publics en général et de notre système de santé en particulier. De multiples défaillances sont apparues et il faudra que toutes les conclusions en soient tirées le moment venu. De redoutables questions politiques sont aujourd'hui visibles par tous. Questions déterminantes comme celle de notre souveraineté sanitaire, de notre souveraineté alimentaire, de notre souveraineté industrielle, place et rôle de l'Etat... Sans réponse à ces questions, nous serons condamnés à vivre de nouvelles crises qui seront sans cesse plus graves. De la même manière il faut aujourd'hui nous interroger sérieusement sur le rôle, la place et le fonctionnement de l'Union européenne qui a démontré, une fois de plus son inaptitude à répondre à ce qui est essentiel dès lors qu'il est question de la vie et de la mort.

Chacun a le sentiment qu'en réalité c'est une espèce de gigantesque "système D" dans notre pays qui a permis de faire face à l'urgence de la situation. Ce sont les particuliers qui se sont débrouillés pour trouver des masques, du gel hydroalcoolique, des sur-blouses... Il a été fait appel aux bonnes volontés, aux connaissances, aux réseaux d\'amitiés ou professionnels, mais également aux entreprises, aux collectivités locales...terrible sentiment de constater l'Etat aux abonnés absents, incapable de répondre aux questions des Français et de lui donner le minimum de garantie quant à leur sécurité. Tout n'a reposé que sur le dévouement, voire le sacrifice des personnels soignants, des pompiers, des forces de l'ordre sans oublier les transporteurs, les artisans, les personnels de l'agroalimentaire et de la distribution.

Les plus humbles sont au front

Cette crise met en lumière les failles et les fractures qui traversent notre société. Il faudra y répondre. Chacun va devoir, en conscience, examiner sa participation à l'effort national et à la reconstruction de l'intérêt général dont l'Etat est le garant.

La question de la répartition des richesses est évidemment au cœur de mes préoccupations. La rémunération des actionnaires, la relation financement public/entreprises, place du CICE, suppression de l'impôt sur la fortune, signification de la théorie des "premiers de cordées" quand se sont parmi les plus humbles et les plus mal payés qui sont au front...autant de questions devenues brûlantes.

"Je n'ai pas confiance"

Si les annonces du Président de la République concernant un plan massif de financement dans les hôpitaux sont les bienvenues, il y a aussi la réalité des actes. C'est toujours du contribuable dont on parle. Je propose une contribution des systèmes d'assurances (en dehors du fond de solidarité). Alors que la réforme des retraites que nous impose le gouvernement va renforcer le système de capitalisation au détriment de la répartition, alors que la Caisse des Dépôts et Consignation vient de devenir majoritaire dans la gestion de la Poste pour que cette dernière bascule encore un peu plus en direction du système assurantielle au détriment du courrier, alors que le Gouvernement vient ce weekend de réduire le budget de l'Etablissement Français du Sang de 40 à 30 millions d'euros (en pleine crise du Covid-19), nous sentons bien qu'il y a encore très loin des déclarations d'intention qui prétendent soustraire à la loi du "marché" et de la concurrence libre et non-faussée, des pans entiers de notre système et de notre modèle social.

Disons-le tout net, je n'ai pas confiance. Et, comme de nombreux Français, je mesure le gouffre qui existe entre les discours de guerre et la réalité vécue par la piétaille qui est au front quasiment sans armes. Je mesure le fossé sans cesse plus grand, entre une "communication officielle" qui ne cesse de se contredire, allant de revirement en revirement et le sentiment d'une immense partie de nos concitoyens qui se sentent livrés à eux-mêmes, voire abandonnés par le sommet de l'Etat.

Crise sanitaire, crise sociale, crise politique...c'est tout un. Nous sommes rattrapés par 35 ans de mise en oeuvre de politiques néolibérales, voulues par Bruxelles-Berlin-Bercy, dont les conséquences n'ont cessé d'être niées par ceux là même qui sont censés y apporter des réponses aujourd'hui alors qu'ils en furent les promoteurs hier. Comment, dans ces terribles conditions ne pas penser à Bossuet : « Mais Dieu se rit des prières qu\'on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s\'oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? Quand on l\'approuve et qu\'on y souscrit. » Mais aujourd'hui on ne rit plus. Des Français meurent.